Les microclimats : élément-clé de l’action face au changement climatique
En 2025, une étude sur les conditions de température et d’humidité ressenties à hauteur de lézard vivipare a permis de comprendre les paramètres microclimatiques qui ont permis la survie de l’espèce sur certaines lagunes.
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Le constat
Le lézard vivipare est suivi sur 12 lagunes depuis 2017. Depuis la sécheresse et la canicule de 2022 (et même depuis la sécheresse de 2021…), les effectifs de ces populations suivies ont chuté de 90 %. Pourtant, certaines populations ont réussi à se maintenir sur certaines lagunes alors qu’elles ont totalement disparu ailleurs. Retrouvez les détails des résultats des suivis en cliquant ici.
La question qu’on se pose
Pourquoi des populations de lézards vivipares se sont-elles maintenues dans certaines lagunes et pas dans d’autres (même si toutes ces populations ont subi la même pression négative de la sécheresse prolongée, accompagnée de fortes températures) ?
Les hypothèses
En préambule, un point sur les échelles climatiques…
On distingue plusieurs échelles climatiques selon la zone géographique dont on étudie le climat :

Hypothèse 1
C’est l’échelle mésoclimatique (à l’échelle de la lagune et des landes humides connexes) qui permet le maintien du lézard vivipare. Il reste présent dans les lagunes les moins dégradées, dont la fonctionnalité permet encore un effet de capsule climatique, c’est-à-dire d’une zone ponctuellement plus fraiche dans un secteur géographique (macroclimat) où les températures sont élevées, comme c’est le cas dans le massif landais.
Hypothèse 2
C’est à l’échelle microclimatique (à l’échelle de la végétation) que le lézard vivipare trouve des zones refuges en période de canicules/sécheresses. Ces zones refuges ont des conditions de température et d’humidité permettant sa survie (ce qui nécessite aussi une bonne fonctionnalité du milieu lagune). La structuration de la végétation, en interaction avec la topographie et les propriétés des sols (dont l’humidité), génère une diversité de conditions microclimatiques pour les individus.
Une remarque…
La notion de microclimat est liée à la taille et au comportement des espèces qu’on étudie.
Ce graphique montre les échelles climatiques à hauteur de quelques espèces :
Ainsi, le lézard vivipare vit au sol. Il ne mesure pas plus de 2 cm de haut pour moins de 20 cm de long au maximum. Il est donc tributaire des conditions de température et d’humidité des quelques premiers centimètres au-dessus du sol.
Les résultats de l’analyse des données récoltées
Les lagunes sont bien des capsules climatiques : une poche de fraicheur dans un secteur particulièrement chaud.
L’effet frigo
Et quels sont les paramètres qui fondent le rôle de capsule climatique de ces zones humides (pièces d’eau plus ou moins temporaires et leurs ceintures de végétations de moins en moins humides) au sein d’un macroclimat chaud (dans le Sud-Ouest, le plateau landais est l’un des secteurs géographiques où les températures sont supérieures aux autres secteurs) ?

La comparaison entre les données du macroclimat, relevées par Météo France, et les données de température des lagunes, issues des stations météo installées dans chaque lagune suivie, met en évidence, en période de canicule :
- Une amplification des températures journalières dans la lagune. Il s’agit d’un milieu ouvert au cœur de pins plantés, formant un couvert arboré et ombragé. Dans la lagune, la chaleur du soleil n’est pas stoppée par les arbres. Elle chauffe donc plus le sol. Mais, l’humidité reste plus importante au niveau des lagunes qu’à l’échelle macroclimatique.
- Les conditions nocturnes sont plus froides dans la lagune. La température y diminue plus vite et descend plus bas au cours de la nuit, tandis que l’humidité reste plus importante qu’à l’échelle du macroclimat.
Il y a donc un effet frigo des lagunes la nuit, mais aussi, paramètre important pour le lézard vivipare, une humidité toujours plus importante, liée au caractère humide de ces milieux.
Un rôle de l’effet frigo dans le maintien du lézard vivipare sur certaines lagunes ?
Pourtant, ce n’est pas le phénomène de capsule climatique qui influence l’abondance des lézards vivipares. Les analyses statistiques ne montrent aucun lien entre les paramètres mésoclimatiques de chaque lagune et la chute des effectifs de lézard vivipare qu’elles abritent, allant jusqu’à leur disparition ou non. Les conditions climatiques à l’échelle de la lagune n’ont pas d’effet sur le maintien des populations de lézards vivipares.
Les conditions microclimatiques, clé de la réduction des effets du changement climatique : le rôle du paysage climatique à hauteur de lézard
Les paramètres microclimatiques dans les lagunes
Au sein des lagunes, en cas d’aléas climatiques extrêmes, quels sont les refuges microclimatiques favorables au lézard vivipare permettant sa survie ?
Pour les déterminer, les conditions de température et d’humidité sous certaines végétations ont été étudiées dans chaque lagune suivie, grâce à des sondes météorologiques.
Cette étude a permis de déterminer que certaines espèces végétales créent des refuges climatiques intéressants. En effet, la molinie tamponne fortement les températures extrêmes, tout comme la bruyère ciliée et, dans une moindre mesure, la callune. De plus, le sol est plus humide sous la molinie que sous les autres végétations : voici un refuge intéressant.

L’importance de la qualité microclimatique des lagunes
Or, l’abondance des lézards vivipares augmente :
- quand l’effet tampon des refuges augmente :
- quand la végétation est la plus haute :
- quand l’humidité du sol dans les refuges augmente :
Description des graphiques
Ces 3 graphiques ont, en ordonnée, l’abondance du lézard vivipare en nombre d’individus entre 0 et 10. Elle est en bleue, comme les courbes représentant l’abondance en fonction les paramètres suivants :
- En haut à gauche : indice représentant le comportement du microclimat par rapport au macroclimat (calcul : température microclimatique divisé par température macroclimatique). S’il est supérieur à 1 (partie orange sur le graphique), le microclimat amplifie le macroclimat (plus chaud, plus froid). S’il est inférieur à 1 (partie verte sur le graphique), le microclimat atténue le macroclimat (moins chaud, moins froid).
- En haut à droite : la teneur en eau du sol (exprimée en % du volume de sol total) entre 0 et 50 %.
- En bas : la hauteur de la végétation, entre 40 et 120 cm.
Ces 3 graphiques montrent des courbes bleues ascendantes : l’abondance de lézard vivipare augmente quand l’effet tampon est plus fort, quand la teneur en eau du sol augmente et quand la hauteur de la végétation augmente.
Les critères qui permettent la persistance du lézard vivipare face aux sécheresses extrêmes dans les lagunes du plateau landais, dernière zone de présence de la forme ovipare de cette espèce en plaine, ont ainsi été définis. Plus la végétation des lagunes crée des microclimats qui tamponne les aléas extrêmes, tout en gardant un taux d’humidité important au niveau du sol, plus le lézard vivipare a des chances de persister.
De la compréhension à l’action
Connaître ces critères permet ensuite d’agir en adaptant la gestion de ces milieux pour augmenter la qualité des refuges climatiques :
Améliorer le fonctionnement hydraulique dans les lagunes
En limitant le drainage, entre autres, afin de garder le plus d’eau possible dans la zone humide et le plus longtemps possible.
Il peut s’agir de supprimer des drains pour permettre de ralentir le cycle de l’eau et ainsi restaurer ou augmenter la capacité des sols à rester humides en surface, notamment en été quand le niveau des nappes diminue. Dans certaines lagunes, la coupe de pins maritimes peut aussi aider à garder une nappe d’eau plus haute en été.
Travailler sur l’hétérogénéité des habitats
Pour créer des conditions microclimatiques variées à même de multiplier les zones refuges pour les espèces présentes dans ces zones humides patrimoniales.
Ceci peut passer par l’adaptation des pratiques de gestion (pâturage, fauche, broyage, coupe sélective de ligneux…) ou leur diversification. Les choix de gestion sont à adapter pour chaque lagune, en fonction de son historique et de son état actuel. Associer à la restauration hydraulique, cette action permet d’améliorer la capacité de la végétation et des sols à conserver, en plus des conditions thermiques, des conditions d’humidité profitables aux organismes en période de fort stress climatique. Les gestions peuvent ainsi engendrer des bénéfices directs et immédiats sur la survie des organismes et la résilience des populations.
Pour conclure…
N’oublions pas que la priorité, pour préserver ces milieux et les espèces qui y vivent, restent la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour limiter le niveau de réchauffement climatique. Une mesure bénéfique à toute la biosphère, humains compris.