Le calendrier des papillons de jours modifié par le changement climatique ?
Une première étude sur les paramètres phénologiques des rhopalocères de Normandie a été menée. Elle confirme qu’une modification de la période d’activité des papillons de jour est en cours à l’échelle de la région sur les trois dernières décennies.

Ces évolutions se traduisent par une avancée globale des dates d’émergence des imagos, dans des proportions variables selon les taxons. Il y a aussi un allongement progressif de leur période d’observation.
Comment expliquer ces évolutions ?
Les changements climatiques en cours, et plus particulièrement l’augmentation constatée ces dernières décennies des températures moyennes annuelles, constitue l’hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer ces évolutions. Cette hausse des températures, dont l’ampleur atteint +1° C en Normandie depuis le milieu du XXème siècle, se traduit par une période de conditions climatiques favorables à l’activité des rhopalocères. Leur activité commence de plus en plus tôt au printemps et se termine de plus en plus tard à l’automne.
Une étude mettant en lien la phénologie et les données météorologiques permettrait de confirmer cette hypothèse.
Évolution de la date moyenne de première apparition des rhopalocères en Normandie. 1992 -2021. Par période de cinq ans.

Figure : Évolution de la date moyenne de première apparition des rhopalocères en Normandie entre 1992 et 2021 par période de cinq ans. La date moyenne de première apparition sur la période 1992-1996 a été prise comme référence. Les quinquennies suivantes montrent un écart à cette référence en nombre de jours. Cet écart est représenté par les lignes noires. La zone grise indique l’intervalle de confiance à 95 %. La date moyenne de première observation semble avancer au court du temps avec une différence moyenne de 22,62 jours entre la période 1992-1996 et 2017-2021.
Plusieurs questions se posent…
La modification de la phénologie chez les espèces de lépidoptères pose plusieurs questions. D’une part, si le papillon modifie sa phénologie, qu’en sera-t-il de sa plante-hôte ? En cas de désynchronisation, l’espèce pourrait se trouver en difficulté pour accomplir son cycle de vie. Notamment la ponte et le développement de la chenille. D’autre part, il est possible que le décalage de phénologie, qui se manifeste par une émergence plus tôt dans l’année, favorise l’apparition d’une seconde génération. Cette seconde génération serait plus tardive chez les espèces actuellement univoltines. Dans cette situation, pour assurer la réalisation de son cycle de vie, cette nouvelle génération doit pouvoir trouver une ressource alimentaire suffisante. Elle doit aussi trouver un partenaire pour se reproduire.
Cet article synthétise le travail réalisé par Anne-Alice CASES durant son stage de master 2 au CEN Normandie en 2025.
Encadrants : Fabien BUISSART, assisté d’Adrien SIMON.